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Vendredi 25 décembre 2009 5 25 /12 /Déc /2009 23:49

   L'homme avait de la peine à parler: il était tellement ivre. Il ne sentait pourtant pas l'alcool, enfin pas trop, vu la quantité qu'il avait bue! Le champagne était son vin favori. Il lui arrivait- même de prendre des douches, littéralement parlant, avec du champagne: il disait qu'il était mousseux et qu'il aimait le sentir sur sa peau comme une caresse féminine...Bref, il était ivre...c'est une litote, car il était l'ivresse- même et il parlait de manière très décousue...
  Son chauffeur se contentait de lui lancer, de temps à autre, des regards neutres, dans le rétroviseur. Pourtant, il avait envie de le jeter par-dessus bord, dans un fossé, sur cette nationale peu fréquentée ce froid dimanche, tellement il le détestait. Mais si cet homme mourait, c'était son gagne-pain à lui qui serait mis en cause. Alors, le chauffeur prit son mal en patience et tentait de se contrôler en haussant progressivement le son de la radio qui diffusait un bulletin- météo plus noire que la limousine qu'il conduisait...
  Car, au moins, le rabâchage gouvernemantal valait mieux que le délire d'alcoolique de son patron. Celui-ci continuait de divaguer: il parla de son enfance, de ses maîtresses et puis de ses beaux châteaux disséminés dans les quatre coins du pays...Il ajouta, en soupirant, alors que la radio s'était tue --et du coup ses paroles ont résonné dans la voiture telles un verdict dans un tribunal--:"Voyez- vous...finalement...mon cher Georges...je n'ai pas de domicile fixe...je suis un SDF.... en quelque sorte"...
  Georges freina net et sec. Il se tourna vers son employeur et le mittrailla de regard:"un SDF, dites- vous?". Le milliardaire se contenta d'esquisser un sourire bête, signe qu'il n'a pas compris la question de son chauffeur ni son agressivité soudaine, mais Georges était cette fois- ci hors de lui pour de bon , il descendit de la voiture et alla ouvrir avec empressement la portière de son patron. Il le tira de son confort sans que l'homme, trop ivre pour réagir, ne pût opposer une quelconque résistance ni dégainer son colt qu'il ne quittait jamais, puis Georges le jeta au bord de la route, dans la neige blanche et pure que le corps du milliardaire ramassé en boule vint la salir comme la fiente d'un corbeau...
  Georges revint à son volant, claqua la portière et partit de vive allure tout en contemplant dans son rétroviseur son patron se démener et gesticuler comme une marionnette en tentant de se dégager de cette neige dont la froideur acérée le pénétrait jusqu'aux os....Georges lui jeta un dernier coup d'oeil dans le rétroviseur en grommelant:"SDF, mon c..." 

Par Littérairement correct - Publié dans : Nouvelles - Communauté : points de suspension
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