Je pense à vous
chaque fois que je peux,
tel un roi qui accourt
entre deux réunions de la cour
pour offrir une rose
à sa maîtresse clandestine.
Je pense à vous,
ou je pense à toi si tu veux
comme ferait une lycéenne romantique
en pensant à son prof de mathématiques
et en lui envoyant chaque nuit avant de se coucher
un baiser amoureux, douloureux et pathétique
par le courrier de l'amour télégraphique.
Je pense à vous,
dès que mes yeux se réouvrent le matin
sur le tableau surréaliste du destin
accroché au mur lézardé de ma vie privée.
Je pense à vous,
quand je tourne la cuillère dans ma tasse de café noir,
quand j'écoute les infos à ma radio, le soir,
quand je rajuste ma cravate devant mon miroir,
quand j'enfile mes gants dans le couloir.
Et lorsque, chaque matin, je marche sur le trottoir,
je murmure ton nom entre les dents,
comme l'on murmure un mot de passe
ou comme l'on murmure une prière.
Mais je le fais à voix basse.
Une voix cassée et lasse,
seul trésor que m'a concédé ta marée basse
après l'ouragan de ta folie meurtrière.
A Ouarzazate, 1996.
Mohamed AZZAMORI.
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