Il était couché sur le dos, repu, satisfait,rassasié. Il s'étirait et savourait l'instant. Un instant qui suit
l'orgasme, comme le beau temps qui marque la clausule d'un orage pluvieux. Tiens, en parlant d'orgasme, cet orgasme-là était particulier, original et unique. D'ailleurs, chaque orgasme est unique
mais celui-là était...inédit, oui, c'est le mot, comme un chef-d'oeuvre, comme une emprunte génétique. Un orgasme tel que l'on n'en trouve pas deux dans l'univers et puis c'était si intense, si
voluptueux, si...aigu. Il se coucha cette fois-ci sur le ventre et ramena la couverture à son corps nu et grelottant de froid et de...plaisir. Il écoutait la pluie dehors faisant son numéro sur
les pavés. Il eut une pensée aux passants grelottants qui allaient à leur travail, alors que lui, il était là à savourer son orgasme, comme l'on savoure un verre de thé offert par des bédouins,
en pleine nuit, sous la pleine lune du sahara ou comme l'on savoure l'air marin chargé d'odeurs salées et entrecoupé par le ressac ou par les cris des mouettes. Il présentait les syptômes du
"post-orgasme": paresse joyeuse, paix profonde, sensation d'épuisement et de viduité, sensation de s'être débarrasé d'un poids tant refoulé, sensation de s'être fait une peau neuve,
d'avoir commencé une nouvelle vie. Combien de personnes étaient à cet instant- même dans le même état que lui: nus, enveloppés de couvertures chaudes, sur un matelas confortable, se
délectant d'un orgasme qu'ils venaient d'avoir et écoutant paresseusement le tic-tac d'un horloge qui osait à peine troubler le silence absolu de la chambre, du temple sur l'autel duquel cet
orgasme fut atteint?...Mêmes les rois risquaient de l'envier et même les stars du porno, car son orgasme à lui était bien préparé, suivant un rituel bien défini. Ce
n'était pas ce genre d'orgasme que l'on vole entre deux rendez- vous royaux, dans une chambre truffée de caméras et avec des gardes de corps à quelques mètres de vous, derrière une porte mais si
proches de vous à pouvoir entendre vos râles. Ce n'était pas le genre d'orgasme à répétition et sur commande, produit par les usines de la pornographie. C'était un
orgasme...religieux où l'on prend son temps pour jouir en faisant abstraction de l'espace et du temps, où l'on se sent propulsé sur une autre planète. La planète où l'on jouit à son
soûl mais surtout où l'on jouit lentement, à petit feu...Bref, un orgasme fait maison...
Il souriait et pensait à ce proverbe:"Rien ne sert de courir, il faut jouir à point". Drôle de proverbe que les libertins ont dévié de son sens premier au grand dam de La
Fontaine. Il pensa soudain à ses collègues du bureau et à leur regard envieux quand ils le verraient demain, en forme et visiblement à l'aise. Ils sauraient, sans doute et comme à
l'accoutumée, qu'il avait joui. D'ailleurs, ils savaient, sans doute, qu'il a pris cette journée juste pour avoir son orgasme. Tiens, toute une journée pour un orgasme!! On dirait
une journée de formation et non un moment de sexe, comme le commun de mortel...
Le mot "sexe" le rendit soudain lugubre. Son visage s'assombrit, tel un ciel qui se couvre de nuages, subitement, à midi, un beau jour d'août. Il s'insurgea soudain contre
le destin. Jusqu'à quand continuerait-il à passer par ce maudit couloir sombre de la MASTURBATION afin d'atteindre la grande cour royale de
l'orgasme? N'aurait-il jamais de FEMME à ses côtés comme tous les hommes ? Il maudit cette pluie battante, ce jour de Décembre, cette maison trop petite, sa ville
natale et même l'orgasme qu'il venait d'avoir. Il se dirigea vers la douche, l'air confus, comme un enfant ayant fait dans ses couches!
Derniers Commentaires