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Dimanche 27 décembre 2009 7 27 /12 /Déc /2009 01:10

  Il avait mis ses plus beaux vêtements: son uniforme militaire qu'il chérissait. Il n'avait pas oublié d'accrocher sur sa poitrine ses médailles et ses décorations. Son corps avait l'air d'un sapin de Noel décoré par de multiples guirlandes et rubans. C'était d'ailleurs le réveillon.Il le célébrait seul, dans son appartement de la 6 ème avenue.Il avait pensé à tout:champagne et musique classique...la  bierre et la musique populaire, il les laissait aux sous-officiers.
  Il trinquait avec lui- même, en silence. La musique classique était le seul signe d'un appartement habité. celui-ci avait l'air d'un temple, tellement notre homme se comportait avec discrétion et précaution. On aurait dit qu'il n'était pas chez lui...Mais il était comme ça: d'une éducation et d'un esprit raffinés.
  C'est pourquoi les faucons de l'Etat-Major le trouvait trop...fragile pour l'armée. Non pas parce qu'il aurait commis une bavure quelconque-- au contraire, son parcours était héroïque-- mais car il sentait, selon ses généraux... "l'intellectuel". Or, un militaire de formation et de vocation ne doit jamais penser mais exécuter...et lui...il pensait...et justement...il pensait trop.
   L'armée était sa famille, son foyer, sa maîtresse et ...sa vie. Il le savait mais l'armée ne le savait pas. C'est pourquoi, il fut déssaisi, deux jours auparavant d'un commandement qu'on venait de lui confier.Motif de la décision de l'Etat-Major quant à cette...punition? Le capitaine prenait trop d'initiaives de par lui-même. Certes, il ne désobéissait pas aux ordres mais il ne s'empressait pas non plus de les exécuter, car, à chaque fois, il osait émettre des remarques...ce qui est malsain dans l'armée.
   Ses hommes l'aimaient même s'il était dur avec eux (mais jamais injuste). Il était dur avec eux, ils les punissait même, le cas échéant, mais il les défendait comme une louve ferait pour ses petits, face à l'Etat-Major: à chaque fois, il préférait endosser la responsabilité d'une bavure d'un subordonné pour lui éviter la cour martiale...et à chaque fois, il passait ainsi à côté d'un avancement...Tant pis, on ne peut pas avoir l'avancement et l'estime de ses hommes.
   Il était à son énième verre alors que sa vie se déroulait comme un film devant ses yeux. Il était preque allongé sur son fauteil, la cravate déssérée. Il pensait: il s'adonnait donc à son péché capital.
    Quand la musique se tut, il se mit debout et s dirigea vers sa chambre à coucher. Il ouvrit grandes ouvertes les persiennes et respira longuement l'air froid de cette soirée de Décembre comme s'il allait faire une plongée sous- marine. Les cris de la foule ivre de joie et de mauvais alcool montaient jusqu'à lui. Il demeura dans cette posture, à la fenêtr ouverte, emplissant ses poumons d'air froid et de mélancolie et fixant au loin quelque chose dans le vide.
    Puis, il avança calmement vers son secrétaire, ouvrit le premier tiroir et en prit avec religion un pistolet. Il le tourna lentement vers sa tempe droite et tira...
     En bas, la foule continuait ses chants et ses danses...La foule, au moins, a cette qualité: elle ne pense pas. C'est pourquoi le suicide ne risque jamais de faire des ravages au milieu de ses "gradés".

Par Littérairement correct - Publié dans : Nouvelles - Communauté : Revue poésie et nouvelles
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