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Samedi 31 octobre 2009

     Il était cinq heures du matin. Les rues  étaient désertes et le trafic quasiment absent, ce jour de Décembre 1995. Lui, il roulait, seul, pour la première fois à bord de sa Renault Super 5. C'était la première fois qu'il sortait seul pour "se familiariser avec la conduite". Sa femme l'accompagnait à chaque fois mais ce matin-là, elle était un peu souffrante. C'est pourquoi, il fut dans l'obligation de faire sa tournée tout seul...
     Il avait obtenu son permis de conduire des années auparavant mais, n'ayant jamais conduit de voiture, il avait presque tout oublié de l'ab ba de la conduite. Et brusquement, l'envie d'acheter une voiture le prit. Il jeta son dévoulu sur une Renault Super 5 Essence, la même marque de voiture qui fut son auto-école. A vrai dire, ce choix n'était pas tout-à-fait arbitraire: il était tombé en adoration devant cette marque de voiture. Et il a décidé d'en acheter une. D'ailleurs, cela tombait bien. Il avait fait ses armes et ses preuves à bord de la même marque. Et son permis de conduire fut décroché à bord de la même voiture...donc autant acheter une voiture pareille. C'était sa logique à lui. Une logique non dénuée de bon sens du reste: un homme dépucelé par une brune, de taille précise et d'âge déterminé préfère avoir pouir maîtresse ou pour femme une dame pareille.C'est en tout cas ce qu'il répétait à tout venant. Il affirmait que c'éait une question de stratégie: quand on a conduit une voiture pendant des heures, il valait mieux acheter une voiture parielle car on connnaissait ses "entrailles".....C'était un peu vrai pour les voitures, pour ce qui est des femmes...!
   Il  demandait getiment à sa femme de l'accompagner chaque fois qu'il sortait en voiture pour se familiariser avec la conduite et avec sa Super cinq. Lui, il conduisait en s'accrochant au volant d'une main de fer comme ferait un capitaine de bateau, contrôlant le destin d'un millier de passagers,  en s'accrochant à son gouvernail. Sa femme, elle, eh bien elle lui lisait les plaques de signalisation, et faisait attention aux carrefours et aux rond- points pour ce qui est de la priorité...Bref, ils formaient à eux deux une équipe de choc, un tandem, une patrouille...
   Mais, ce matin là, il était seul. Il avait déjà effectué sa tournée et il rentrait chez lui en sentant que quelque chose lui manquait: il jetait de temps en temps un oeil du côté passager, à sa droite: sa femme n'était pas là. La vache! Il devait à lui seul contrôler les plaques de signalisation, la priorité, les interdictions, les obligations....et conduire en même temps! Il grommela un juron! C'éait trop pour une seule personne...
   A une intersection de rues, à des dizaines de mètres, il aperçut les feux. Le feu était  vert. Alors, lui, qui roulait toujours en deuxième, eut la brillante idée de mettre la quatrième afin de pouvoir passer pendant que le feu était toujours au vert. Il accéléra, passa la troisième puis accéléra ancore et passa la quatrième. Sa voiure, telle une jument qui sommeillait et  qui était habituée du reste au trot, eut un mouvement de surprise, de refus...car lle fut prise à court. Elle exprima son refus par un bruit assourdissant du moteur mais daigna quand- même galoper...Il s'approchait des feux quand le vert clignotait puis ce vert a tourné au jaune. Lui, il fut pris de court à son tour: une dizaine de mètres le séparait des feux , le feu était au jaune et lui roulait à 100 km à l'heure. Ce n'était pas le moment de flancher bon sang! Il devait passer avant que le feu ne tournât au rouge. Il accéléra. Heureusement que la rue était déserte...pas de voitures et surtout pas de piétons....
  Arrivé à la hauteur des feux, il jeta un coup d'oeil rapide au poteau: le feu était bien au rouge. Mais il passa quand même!
   Plusieurs minutes s'écoulèrent avant qu'il ne réalisât ce qu'il avait fait. Ce qu'il  avait commis. L'ampleur du désasre: il avait violé le feu rouge. C'était une abomination. Il s'en  est prit d'abord à sa jument mais se rendit à l'évidence: il avait mal négocié "le passage" aux feux, débutant qu'il était. Il pensait pouvoir passer au vert , au jaune à la rigueur, mais hélas...il a commis l'irréparable. Il a voilé pour la première fois de sa vie un feu rouge...Feu ou pas feu, le viol demeure un viol.
    En se rendant chez lui, il ne cessait de jeter des coups d'oeil angoissés à ses trois rétroviseurs de peur d'y apercevoir un gyrophare ou un képi ....Il changea de trajet à plusieurs reprises, prit beaucoup de précautions pour ne pas être repéré ni arrêté.  Il ne rentra chez lui que des heures plus tard, harassé comme on l'est après une longue journée de chasse aux lions.
     Une fois chez lui, il lava sa voiture dans son garage, lui passa une bâche et la laissa ainsi des semaines, en espérant que personne ne découvrirait les traces du viol.  Mais personne ne se manifesta! Cela ne l'a pas empêché de faire des cauchemars: il rêvait de feux de signalisation qui s'allumaient tous en même temps pour clignoter tous au même instant pour clignoter à tour de rôle...Bref, un rêve de fous. Il entama des séance de thérapie de groupe. Il décida de se mettre avec un groupe de violeurs...de vrais violeurs. Ainsi, quand il commença à raconter son histoire pour s'en libérer et...instruire le groupe, les violeurs eurent une réaction étrange: ils avaient tous envie de le violer....Il changea de groupe et se mit avec les chauffards. Ce n'était pas, non plus, son groupe. On lui conseilla un groupe nommé Les Chercheurs de midi à quatorze heures. Il y trouva sa place. Normal. Il y était le seul inscrit!
      

Par Littérairement correct - Publié dans : Nouvelles - Communauté : Litterature
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