Mardi 26 janvier 2010
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Il l'avait appris et cela l'a mis dans un sale état: la chienne que son ami Ali l'implorait de lui confier a été vue,
ce matin- même, errante, au petit matin. C'était le gardien de nuit qui lui a annoncé la nouvelle. Ce gardien de nuit était un islamiste pur et dur: il n'aimait pas les chiens et n'aimait pas les
gens qui les prenaient comme animaux de compagnie. Mais il a jugé que cette chienne avait quand- même une âme et que la chasser de chez lui, à six heures de matin, par ce froid glacial était un
acte abominable...d'autant plus que cette chienne avait à peine deux mois.
Mohamed était en colère, d'abord vis-à-vis de lui- même car il a accepté de céder une chienne qu'on lui a donnée à quelqu'un d'inconsciencieux, ensuite parce qu'il savait que son ami était
inconsciencieux et enfin car il imaginait cette pauvre chienne perdue quelque part, tout en ayant faim à mourir, ou écrasée par un camion ou maltraitée par des gosses...C'était sa faute...On ne
cède pas des animaux aux...monstres.
Pourtant, son ami Ali l'a imploré à maintes reprises pour qu'il lui donne cette chienne. Elle n'était pas une chienne de race, certes, mais elle était mignonne comme tout. Ali lui a assuré
qu'il prendrait soin d'elle comme il le faudrait et Mohamed, affligé à cause du petit appartement qu'il possédait et dans laquelle cette chienne s'ennuirait à mourir avait accepté de céder
l'animal à Ali, vu que celui- ci avait un jardin et une famille...Mais il n'a jamais imaginé que son ami allait chasser la chienne de chez lui....
Il alla chercher Ali au café et lui demanda les raisons de son acte. Celui-ci fut cynique: on lui a donné de l'argent et il a accepté de vendre cette chienne. Mais putain, on ne vend
pas les animaux comme cela, aux plus offrant...Et puis, n'avait-il pas promis à Mohamed de prendre soin d'elle? Mohamed a failli le gifler. Il entreprit de chercher l'acheteur présumé auquel Ali
avait vendu la chienne. Il se trouva en face d'un...gosse qui lui a affirmé en toute simplicité que cette chienne était pleine de puces alors...bon débarras.
Cette nuit-là Mohamed ne put fermer l'oeil. Il imaginait la petite chienne dans les pires des scénarios. Il se rappela sa première nuit chez lui: elle quittait son panier et
venait se mettre sous son lit en pleurant. Oui, les chiens aussi pleurent. Mais lui, n'avait pas cédé cette nuit- là. Il savait que s'il permettait à cette chienne de passer la nuit sous son lit,
elle viendrait toutes les nuits le faire. Autant donc lui montrer qui était le maître et autant lui fixer les règles d'usage dès le début.
Les pleurs de la chienne résonnaient dans ses oreilles comme ceux d'un bébé. Il n'arrivait pas à dormir. Il s'abbatit sur ses antidépresseurs comme ferait un cardiaque sur ses
pilules mais le sommeil ne daignat lui rendre visite qu'aux premières heures du matin.
En sirotant son café corsé, l'air abattu comme s'il avait passé la nuit entrain de courir, il eut envie d'aller jeter un coup d'oeil sur sa tortue. Il eut un élan,
mélange de pitié, de remords et de nostalgie. Il caressa sa tortue comme ferait une mère de son bébé. Soudain, son sourire se figea, son élan maternel aussi: la tortue était morte, la
nuit.
Par Littérairement correct
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Publié dans : Nouvelles
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