Réflexion littéraire et philosophique. Extraits de l'auteur.
L'Enseignant était toujours considéré comme un homme non ordinaire, un homme ayant un "message" à transmettre, un "rôle" à jouer, une"mission" à accomplir, voire une "religion" à prêcher. Dans un sens, je pense que c'est vrai puisque le degré de "maturité", de "compétence", de "sacrifice" chez l'Enseignant fut toujours la jauge du développement d'un pays. En somme, l' Enseignant est un SOLDAT. Il peut être entraîné, hyper-entraîné ou sous-entraîné, ou carrément...un déserteur s'il n'est pas un mercenaire. Ainsi, l'Enseignant, dans tous les pays civilisés a toujours joui d'un statut de prédilection et si ce statut n' a pas été d'ordre financier il a été d 'ordre moral et social: on lui devait un respect sans faille, voire de l'adoration, au sens étymologique de ce dernier terme.
Par contre, dans les "autres pays", l'Enseignant était toujours une menace à l'ordre établi, un virus, un ennemi du régime, une bombe à retardement, une révolte à l'état latente, une épidémie en gestation. Normal: un enseignant, qui se respecte, ne peut en aucun cas se contenter d'enseigner "un programme scolaire" mais il ose improviser, dépasser les lignes rouges, bousculer les traditions, remettre en question les crédos, sensibiliser, éduquer, jouer le rôle du père ou du frère, résoudre les litiges et chemin faisant, transmettre incosciemment ou consciemment UNE VISION DU MONDE, Une PHILOSOPHIE, un ETAT D ETRE et surtout un ETAT DE FAIRE. De ce fait, l'Enseigant devient un...témoin gênant, un perturbateur du schéma social, un avant-gardiste( au sens péjoratif du terme), un outsider, voire un révolté( le chef d'accusation le pus grave à son encontre). Cependant, dans cette deuxième catégorie de pays, on recourt toujours aux services de l'Enseignant car il est "un mal nécessaire": les soldats, les scribes, les sbires, les "pseudo-cadres" de ces pays-là ont toujours besoin d'apprendre au moins à lire, écrire et compter. Disons donc que le métier de l'Enseignant était requis mais non bienvenu, exactement comme celui d'une prostituée. Que ce dernier soit légal ou non, il n'est jamais apprécié...après service. Aussi les Etats de " ces autres pays" donnent-ils à l'Enseignant des directives, sinon des ordres clairs et nets: enseigner le programme scolaire en faisant valoir l'idéologie du régime établi, ou à vrai dire, enseigner l'idéologie du régime en faisant valoir le programme scolaire. Bref, faire son boulot et rentrer chez lui, sans prendre le soin de "cogiter" et encore moins de "critiquer". La "critique" dans certains de ces pays est un crime qui peut valoir à l'Enseignant la cour martiale!
Par conséquent, l'Enseignant est adulé par- ci, détesté ( toléré dans les meilleurs des cas) par là. Cependant, une autre question s'impose--et ce, dans ces deux types de pays-- l'Enseignant n'est-il pas avant tout un être humain, avec ses qualités et ses défauts, ses hauts et ses bas? N' y a-t-il pas des enseignants qui sont faits pour tout sauf pour enseigner? Et même si l'Enseignant s'avère compétent et "fait pour le métier" doit-il aller jusqu'au bout de sa "mission", quitte au sacrifice pur et simple? N' a-t-il pas lui aussi le droit de profiter des plaisirs de la vie comme tout un chacun ou devra-t-il "rester en garde-à- vous" toute sa vie...en espérant que la nation, ses supérieurs, les guides suprêmes soient contents de lui ou en espérant recevoir une décoration posthume? C'est ce que nous verrons demain...
Mohamed AZZAMORI.