Réflexion littéraire et philosophique. Extraits de l'auteur.
Quand j'avais seize ans,
ma mère me disait souvent,
l'index pointé, l'air savant,
que je devais suivre ses conseils imposants
et les mettre autour de mon cou frêle d'adolescent,
comme j'aurais fait d'un collier ancestral
qui devait m'être salutaire ou...fatal.
Je buvais les mots de ma mère comme s'ils étaient de l'eau bénite
et je passais la journée sur un escabeau claudicant,
à écouter tantôt les mots sonnants et vénérés,
tantôt à faire boiter l'escabeau comique,
et tantôt à suivre des yeux deux oiseaux qui flirtaient.
Ma mère me parlait, me parlait... suivant ses rites.
Aujourd'hui, je m'installe sur cet escabeau fragile,
en face de ma mère aux cheveux blancs
et je ne fais plus boiter le tabouret de jadis
Je reste sage et calme,
pareil à un villageois assis dans un tribunal,
en face d'un juge ou d'un procureur général...
Soudain, je vois s'abattre le couperet...
qui me fait sursauter , qui fait envoler les oiseaux en masse
et qui fait peur jusqu'aux rapaces les plus hardis
C'est que je me sens fragile, impuissant et désarmé
devant l'amertume des mots dorés de ma mère adorée,
devant le poids de l'âge ,
devant ses mots trop sages,
devant cette majesté maternlle que l'érosion a entamée...
Et je renverse, brusquement, l'escabeau tragique.
Et je cours, je cours aveuglément dans la forêt,
semblable à un cheval effrayé par des coups de feu...
Et les paroles de ma mère résonnent dans mes oreilles endolories
à la manière du tam-tam d'une musique noire.
Alors, je bouche mes oreilles et j'avance trébuchant,
sous le regard impuissant
du soleil couchant.
A Tetouan, mars 1992.