Réflexion littéraire et philosophique. Extraits de l'auteur.
Je suis un condamné à mort.
Je n'ai pas d'astre qui luit.
Une peur mâle me terrasse.
La nuit, je veille quand on dort.
Le jour, je me mets à la chasse
d'un sommeil plus noir que mes nuits.
Je dis à mon bourreau, stupide et fort:
"Fais-vite, ceci ennuie et lasse."
Mon bourreau, un véritable rapace,
et de la bêtise un coffre-fort,
me répond, triste, tel un ciel de pluie:
" Certes, je fais un travail de casse
et tout le tort qui en suit,
mais chaque fois que je suis sur place
et que j'exécute à raison ou à tort
un quelconque condamné à mort,
je me dis: quel drôle de sport
de mutiler des âmes et des corps.
Puis, je me pose une question d'or:
et si cet homme-là, à mes pieds
était ici, à ma place?
Il serait-moi; je serais lui.
Mais j'aurais le privilège de classe
de lui adresser une prière avant ma mort:
je lui dirais, dans une menace
que chacun reprenne sa place
fixée, il ya longtemps par le sort
et par l'astronomie, logique et sagace."
Devant cette logique sans cuirasse,
je m'emmure dans mon ennui
qui est plus étanche que les murs d'un fort,
plus dur que tous mes malheurs réunis
et plus noir que les fins fonds d'un puit.