Réflexion littéraire et philosophique. Extraits de l'auteur.
C'est le jour de fête. Une fête qui arrive enfin après tant de jours d'épreuves et de privations. Les gens sont contents. Ils portent de beaux vêtements et emmènent leurs enfants pour aller visiter des parents.Ils affichent un sourire béat,un sourire commun comme s'ils sortaint du même moulin. Un sourire copié collé chez eux tous.Le même sourire. On dirait un uniforme. D'ailleurs, tout est uniforme chez ces gens: leurs vêtements, leur parfum bon marché, leurs chassures de clown, leur manière de trimbaler leurs enfants encombrants sur les trottoirs et surtout leur sourire bête, stupide et vide de toute expression. Un sourire de cobaye dans un laboratoire géant...
Ces gens sortent tous, en même temps, pour se deverser, tel un tsunami, sur les trottoirs, les avenues et les artères de la ville.On dirait une armée d'extraterrestres. Seulement, ils ont l'air pacifique, voire chaleureux et distribuent des salamalecs vides de sens au premier venu. Normal: c'est la tradition. On doit célebrer ce jour de fête en bénissant les autres. C'est ce qu'on appelle la tradition. Après les salamalecs, ils vous posent mille questions intimes. Le social et le privé ne sont pas dissociés dans ce genre de société d'antan...
Les trottoirs, les rond- points, les cafés, les salles de jeux...tous les espaces publics sont pris d'assaut par ces gens. Et gare à celui qui OSE risquer de rester chez lui et de ne pas aller "bénir" ce jour de fête à la famille, aux amis et aux amis des amis...et surtout qui refuse d'afficher ce sourire insipide, ce sourire trop voyant et trop commun, tel un badge...Celui qui ne se CONFORMERAIT pas à la REGLE risque gros, dans les meilleurs des cas, il sera taxé de fou ou de mécréant.
Mais le plus comi-tragique c'est que personne ou presque, ne se trouve ce jour- là aux urgences, aux permanences...Normal: on ne peut pas être au four et au moulin. Tout le monde--sauf les "excentriques" fêtent ce jour célèbre. On ne peut pas fêter et bosser en même temps. Quant à la philosophie de "la permanence", des "urgences", eh bien laissons- là aux...mécréants.
J'allais oublier. Inutile,ce jour-là d'aller chercher du lait pour votre enfant ou du pain pour vous- même. On vous a précédé des jours avant et on a tout raflé pour le stocker en prévision de cette fête bénite qui durera des jours, des semaines qui seront plus longs que des ans. De quoi vous plaignez- vous? Fêtez, fêtez comme tout le monde et souriez béatement comme tous ces gens. Stockez d'avance des provisions pour ces jours fériés...Des jours plus longs, plus douloureux et plus cuisants que ceux de la Guerre de Cent Ans.