Réflexion littéraire et philosophique. Extraits de l'auteur.
C'était très difficile pour lui de réaliser l'ampleur des dégâts... ou des bénéfices. Il était pétrifié, bouche bée, martyrisé, en face de ce qu'il regardait, tel un sinistré en face d'un incendie qui a tout ravagé: âmes et biens. Tout était perdu, détruit, anéanti, réduit à zéro...Et lui, il était impuissant devant toute la portée de cette catastrophe qui le dépassait. Il était là, les mains ballants, le regard perdu dans le vide-- à tel point qu'il n'aurait pas aperçu un camion qui fonçait sur lui--les jambes fléchissantes, le corps raide et les yeux vides de toute expression d'intelligence. Bref, il était le portrait d'un jésus crucifié sous sa version moderne: costume et cravate, le corps droit et les bras ballants; pas de bras à l'horizontale ni de cache-sexe sordide ni de couronne d'épines. Quant aux clous, ils étaient imaginaires. On aurait pluôt parlé volontiers d'un "arrêt sur image " que d'une "crucifixion". Du reste, la Passion était là...
Il avait l'air contemplateur. Affreusement contemplateur. Comme l'on contemple l'irrupion d'un volcan, la naissance d'un nouveau-né monstre, ou la décapitation d'un condamné à mort. Son regard était...limpide, clair mais dépourvu de toute faculté de...discernement. On aurait dit que ce regard provenait des yeux bien ouverts d'un aveugle qui observe un tableau fixe...pour ne rien y voir. En somme, cet homme présentait une désolation apocalyptique.
Il avait perdu toute notion d'espace et de temps. Il offrait sa désolation et son aliénation aux passants. Du coup, il avait perdu sa dignité tel une jeune arabe qui perd sa virginité sous le regard concupiscent de son mari âgé et paillard qui se réjouit de cette victoire mâle.
Notre homme était ébloui par la beauté d'une femme fatale qui l'a pétrifié, quelque part, sur The sex Avenue. Il s'était arrêté net et ne bougeait plus comme s'il avait mis le pied sur une mine. Mais son coeur battait si fort...tellement fort qu'il le pensait sur le point de s'arrêter. Cela faisait des décennies qu'il n'a pas senti quelque chose de pareil. Un Tsunami de sensations fortes l'envahissait, le frappait, le retournait, l'engloutissait, le faisait disparaître... pour le faire réapparaître. Cette femme fatale l' a rajeuni de plusieurs décennies. Il aimait, il désirait, il sentait le mâle se remuer en lui, pareil à un foetus qui donne des coups de pieds dans le ventre de sa maman avan de sortir...
Toutefois, ce qui a pétrifié notre septagénaire et l'a cloué là où il était c'était une sensation bizarre et unique: la sensation que ressent un paralysé quand il se remet à marcher. En effet, la beauté femelle de cette dame a provoqué en lui une érection. Il se croyait un cas désespéré. Les médecins hôchaient leurs têtes il y'a des décennies, l'air affligé, compatissant et catégorique devant...sa larve génitale qui ressemblait à un tétârd exraterrestre:"Navré mais vous ne pouvez jamais avoir d' érection!".Pourtant il avait trente ans, à l'époque!
Ce jour-là, la marche ondulante, déhanchée d'une femme l'a...ressuscité. Du coup, son sexe refaisait surface, à la manière d'un périscope d'un sous- marin ayant demeuré sous les eaux, en hibernation, pour des lustres....Allait-il torpiller cette dame qui était dans son "visuel"?
Peu importait. Il fallait tout d'abord jouir de cette érection monumentale et hisorique. Il demeura dans cette posture encore pour des moments tentant de dresser encore et encore cette tour de Pise. Et hop, à bâbord. Et hop à tribord...Hélas, en pleines manoeuvres, son coeur a flanché.