Réflexion littéraire et philosophique. Extraits de l'auteur.
De mon balcon, un dimanche soir, je l'observais...
Elle était assise au fond d'un café-bar,
les cheveux en chignon et le visage fardé.
Elle fixait son verre d'un oeil hagard,
le tripotait, le caressait, le tâtait
d'une main fragile, nerveuse et délabrée.
Elle buvait en fumant et fumait en toussotant,
sous le regard compatissant d'un barman chauve et âgé.
Au fond du bar, un piano sanglotait une musique plaintive.
Et à voir le pianiste qui jouait, les yeux fermés
on aurait dit qu'il confessait de graves fautes ressurgissant
de son passé.
L'ambiance éait lourde, le bar était vide, le pianiste absorbé
et le barman fatigué.
Un vieil homme essuyait des verres, les examinait et les rangeait
tout en jetant à travers ces verres des regards curieux
à cette cliente attardée.
De temps en temps, des rafales de pluie balayaient la vitrine
de ce café-bar.
Un tonnerre menaçant explosait tout près.
La pendule de la vieille horloge sonnait lugubrement
comme un vieux loup qui fait des hurlements
dans des bois lontains, perdus et mal fréquentés.
Plus tard, titubante, elle quitta le bar.
Elle avançait dans la rue, les mains dans les poches,
le col de son pardessus relevé.
Soudain, cette femme s'arrêta net puis s'adossa à un mur qui ruisselait.
Deux larmes minuscules sourdaient de ses beaux yeux verts
et lui donnaient l'air d'une madonne crucifiée.