Réflexion littéraire et philosophique. Extraits de l'auteur.
Cela faisait une éternité que je ne l'avais pas rencontrée. J'avais passé plus d'une dizaine d'années à essayer de l'oublier pour y parvenir, enfin. Durant ces dix ans, je suis passé par un véritable calvaire, un véritable chemin de la croix. J'ai dû me désintoxiquer lentement...Je faisais des rechutes...Je me remettais debout pour entamer une nouvelle cure pour...faire une nouvelle rechute...pour me relever de nouveau...et ainsi de suite. C'était un combat éternel. Son amour était un virus authentique. Il était une blessure nécessaire qui consolidait mon CV de blessures amoureuses et faisait de moi le profil de l'amoureux malheureux, très prisé par un type de femme qui est à la recherche d'hommes de ce genre. De toute manière, mon amour pour elle était une malédiction, une maladie chronique, un passé douteux qui revient vous hanter à tout moment. J'ai dû déménager, demander une mutation à 900 km de chez moi. J'ai dû me retourner dans mon lit des nuits entières sujet que j'étais à des spasmes, à des convulsions...Mon amour pour elle était une drogue dont j'étais dépendant. Il m'a fallu une dizaine d'années pour parvenir à devenir"clean", propre. J'ai décidé donc, en ce Septembre 2001 de revenir chez moi, à ma ville natale, pensant que j'avais construit durant ces dix ans d'exil volontaire une cuirasse, une carapace indestructibles. Et j'avais raison: en rentrant chez moi, je n'ai même pas pensé à visiter la tombe de notre amour qui gisait quelque part à Tetouan.
Tout allait donc bien jusqu'à ce jour funeste du 11 Spetembre 2001. J'avais appris la nouvelle à la télé aux environs de midi. Les conjectures allaient bon train. Qui était le responsable de cette tragédie? Nul ne le savait. Cependant, les images des employés BCBG en loques, ensanglantés et tentant de joindre leurs proches par le cellulaire ou l'ordinateur portable faisaient le tour de monde et tourbillonaient dans ma tête....
Je marchais, lugubrement, dans les rues quasi-désertes de Tetouan, cet après- midi du 11 Sptembre pour ...me trouver face-à-face avec celle qui était ma déesse dix ans auparavant.
Je n'avais pas préparé mes défenses. Je n'avais pas le temps pour lever le pont-levis de ma forteresse d'oubli ni pour manoeuvrer ma voiture d'orgueil loin de ce...fantôme qui surgissait de mon passé. J'étais donc en face d'elle. Incapable de l'éviter. Le choc a donc été frontal...
Mais, j'ai détourné de dégoût mes yeux! Elle avait vieilli ! Elle était laide. On aurait dit qu'elle avait traversé le Temps à bord d'une machine de science- fiction. On aurait dit que le Temps était centuplé pour elle. On aurait dit qu'elle avait effectué une traversée du Désert Judaïque. Une traversée aussi historique que mythique. Mais le problème était ailleurs...
Elle était flétrie, fanée, rabougrie. L'âge avait laissé ses marques sur son visage à la manière d'une maladie vénérienne qui laisse des traces indélibiles sur le corps de l'ex-patient: sceau de la malédiction. Sceau de l'opprobre générale. Sceau d'une funeste distinction. Sceau que l'on afflige au bétail pour le marquer.
Elle avait noirci! Elle était pourtant blonde...Comble du malheur et de l'ironie du sort.
Je chancelais, tel un bateau ivre...Et les images de New York de ce 11 Septembre refaisaient surface dans ma mémoire, telles un sous- marin allemand, prêtes à me torpiller.
Soudain, une idée m'envahit: et si cette femme n'était pas ma bien-aimée et si elle était une victime parmi tant d'autres de ce tragique 11 Septembre, tentant de fuir les décombres et s'évertuant à exorciser cette poussière qui la couvrait du pied en cap...
Et à un moment, toutes les femmes de Tetouan me paraissaient ainsi: vieilles, sales, noirâtres à cause d'une poussière qui collait à leur peau. Des femmes fantômes...Des femmes contaminées
La beauté de mon ex- bien-aimée était réduite à néant...irréversiblement. Et avec elle, celles de toutes les femmes de ma ville natale.
Je me suis réfugié dans un bar. Hélas, l'alcool n'a fait qu'accentuer cette hallucination!