Réflexion littéraire et philosophique. Extraits de l'auteur.
Pour nos amours interdites, la Nuit est notre bordel et repaire,
et notre église pour notre crédo sentimental persécuté.
Comme les brigands d'Ali Baba, nous nous faufilons jusqu'à la grotte de la Nuit.
A cette différence que ne nous sommes que "deux" voleurs et que,
nous ne volons que l'Amour que les autorités ont retiré du marché
sous prétexte que c'est un produit qui nuit à la société.
Devant la caverne de la Nuit, nous nous tenons la main et nous crions à l'unisson:
"Sésame, ouvre-toi!".
Aussitôt, la Nuit nous accorde son hospitalité de roi.
Et sa caverne devient, tout-à-coup, un somptueux palais de Caire.
Dans le temple de la Nuit, je vénère le corps de ma chérie magique et véridique
en le profanant de mes regards inquisiteurs et de mes doigts prospecteurs.
Je me vois pareil à un archéologue qui caresse sans peur
la momie magnifique mais maléfique d'un règne Maya ou pharaonique.
Dans le studio de la Nuit,je contemple, avec religion et émoi,
tes yeux, ta bouche, ta gorge, tes seins, tes hanches:chef-d'oeuvre d'esthétique
taillé par les ciseaux magiques d'un dieu artiste et érotique.
Dans le Conseil de la Nuit, nous nous consultons, l'air savant et grave
tels des aliés attablés, autour d'une carte, discutant des manoeuvres de l'ennemi,
ou tels des prêtres, sous la lumière des bougies, commentant des écritures saintes.
Et dans le feu de notre passion, la Nuit,
enveloppée dans son long manteau noir
et les bras croisés sur sa poitrine carrée de chevalier,
Observe, silencieusement, la géographie de nos corps
et écoute, avec application, la musique de nos râles.