Réflexion littéraire et philosophique. Extraits de l'auteur.
il a fallu de plusieurs mois d'investigations pour que les enquêteurs mettent le doigt sur cette fosse. Ils ne s'attendaient pas à la trouver juste là, sous la maison du suspect. Ils ne s'attendaient pas non plus à ce nombre...incalculables de victimes. Bref, le suspect les a menés en bateau, et ce, depuis le début. Et dire que l'équipe était constituée d'enquêteurs chevronnés qui cherchaient des indices partout alors que la fosse était sous leur nez. Une vraie déception. Un vrai coup impossible à surmonter. L'image des enquêteurs et du corps dont ils faisaient partie était ternie pour toujours. Une fosse que l'on découvre après- coup. Aucune victime sauvée. Des milliers de victimes massacrées, mutilées, entassées les unes sur les autres dans une fosse aménagée à cet effet, en plein centre-ville, massacres commis par un homme ordinaire en apparence, qui a su au fil des mois dérouter les enquêteurs et les envoyer sur des fausses pistes...Bref, aucun enquêteur ne pouvait plus se hasarder à mettre le nez dehors de peur d'un lynchage en règles ou dans les meilleurs des cas d'une moquerie en bonne et due forme sans vous dire que tous ces enquêteurs ont été licenciés vertement, sans aucune indemnité...tellement la bavure qu'ils ont commise était grave.
La ville quant à elle ne parlait que de cela: de cet homme qui, au fil des années, entassaient ses victimes dans une large et profonde fosse sous sa maison. Ses voisins multipliaient les témoignages sur les chaines de télévision. Ses maîtresses, réelles ou présumées, ont fait surface, telles des éléments camouflés d'un commando qui attendaient le bon moment pour passer à l'assaut, en affirmant, toutes,--en riant-- qu'elles étaient la première femme dans la vie de cet homme et que leur virginité, elle l'ont perdue sur son lit, comme l'on perd un bijou de camelote sur le faux velours d'un divan, lors d'une soirée mondaine. Des hommes de tous les types, de tous les âges disaient à qui voulait bien les entendre que l'homme en question était leur ami intime et qu'il avait de drôles de manières et que, eux, ils suspectaient quelque chose depuis le début...Dommage que ces imbéciles d'enquêteurs n'ont rien flairé, car eux, au moins, ils trouvaient leur ami excentrique...oui, c'est cela le mot...Alors, une fosse commune sous sa maison ne devait choquer personne...Peut-on être choqué si l'on découvre un chien ou une grenouille en pièces dans le frigo d'un Coréen? Allons donc...Cet homme "avait le profil"...Comment? le profil de quoi? Devant cette question, ils se grattaient la tête. Ben voyons, le profil d'un ingénieur de fosses communes.
Lui, l'homme devenu célèbre grâce aux médias se défend: il n'avait jamais prémidité son acte. A chaque fois, c'était plus fort que lui. D'ailleurs, ces massacres sont spontannés et innocents! Il a même osé affirmer à BBS, la chaîne que l'on capte gratuitement et qui couvre la totalité du territoire:" Quand on est le chef d'un jury du meilleur livre, il faut lire tous les romans certes mais que voulez- vous, tous les écrits que j'ai lus devaient être là où ils le méritent: dans la grande poubelle sous ma maison. Alors, si les enquêteurs des maisons d'éditions se sentent lésés et pensent que, en agissant ainsi, j'ai nui aux maisons d'édition dont ils défendent les intérêts, eh bien moi, je faisais mon boulot. Je séctionnais, pardon, SELECTIONNAIS les romans qui pouvaient figurer parmi les romans récompensés. Ce n'est pas de ma faute si aucun roman n'était à la hauteur. On m'a désigné pour lire et choisir...Au moins, moi, je les ai lus! Quant à choisir... eh bien, un homme qui désire épouser une pucelle peut-il faire un choix si "l'échantillon" qu'on lui présente ne comporte que des prostituées?...Ce n'est pas de ma faute si les gens ne savent pas écrire!"
Finalement, aucun roman n'a été retenu. Tous les romans ont été jeté dans la fosse commune. Mais le "côté brillant" de la chose est le fait que des visiteurs affluent jusqu'à nos jours vers cette fosse pour en faire un lieu de pélerinage: ils ne manquent pas de se découvrir, en mettant leurs chapeaux sur leurs poitrines,en signe de deuil, devant les milliers de livres entassés, afin de dire, chaque fois, une prière pour le repos de l'âme de la Littérature...Une Littérature morte et enterrée.