Profil

Présentation

Catégories

Recherche

Derniers Commentaires

Recommander

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Créer un Blog

Mercredi 18 novembre 2009

  On n'avait pas de ses nouvelles depuis des mois. Lui, il a préféré se mettre sur le mode "silencieux". Il ne dérangeait personne et tenait à ce que les autres fissent de même. Il avait soigneusement préparé sa retraite. Un décor mystique: un cabanon isolé dans les montagnes, à une centaine de kilomètres de sa ville natale. Il vivait, pendant des mois,en solitaire, entouré de végétations abondantes, de lacs et du silence. Il avait laissé pousser sa barbe, avait abandonné son portable, son ordinateur et même ses pièces d'identité. Il tenait à se faire oublier par le public et surtout se faire oublier par lui- même. Il avait l'air d'un Robinson Crusoé, en exil...volontaire ou plutôt en ermitage existentiel.
   Les raisons de cette retraite sont simples: d'abord, il voulait digérer, lentement, le grand échec de son dernier roman qui a soulevé une vague d'indignation dans les grandes masses des lecteurs y compris ceux qui lui étaient les plus fidèles. Ensuite, il voulait oublier le monde de l'écriture, de l'édition, et de la publication tel un joueur invétéré qui tente d'oublier le monde de la loterie, et enfin, il voulait préparer son come- back, son grand retour en force. C'est pourquoi donc cette retraite était pour lui une thérapie, une stratégie et un salut.
   Il passait ses journées à chasser les mufles, tel un homme primitif, à prendre soin, en artiste, de ses herbes et ses fleurs, à fignoler ses moyens de défense contre tout envahisseur potentiel, et surtout à tout faire pour oublier. Oublier les autres, oublier son ancien mode de vie et oublier sa véritable identité. Les premiers mois lui furent cruels: pareils aux premiers mois d'un alcoolique dans un asile thérapeutique. Il pensait - même finir par y laisser sa peau. Cependant, il avait réussi, au fil des mois, à se forger une carapace de fer. Il avait mis en oeuvre tout ce qu'il avait appris pour...survivre. Un véritable stage de marine's, un chemin de Calvaire, une période initiatique qui lui a permis enfin de survivre dans cette jungle.
   Il se promenait tel un soldat en mission de reconnaissance, en alerte maximale. Il avait le visage barbouillé de peintures, des vêtements reflétant un art particulier de camouflage et des armes hétéroclites. Si jamais une patrouille de gendarmes l'avait recueilli, on l'aurait pris pour un sauvage et il aurait fini ses jours dans un musée anthropologique...sinon dans un cirque...à moins qu'il eût atterrit dans un asile de fous. Mais, lui, il trouvait que, en agissant ainsi, il revenait aux sources. Il jugeait qu'il avait enfin cerné sa vraie personnalité, sa véritable identité, celles de l'Homme Primitif qui arrive à survivre, contre vents et marées, avec des moyens de fortune et il en était content.
   Un soir, alors qu'il buvait, à même la cruche,...du vin local, un liquide issu d'un mélange d'herbes dont personne d'autre ne connaissait la recette, une idée s'est abattue sur lui à tel point que sa cruche vacilla: pourquoi ne pas écrire un roman relatant son épopée dans ce milieu hostile ,à savoir la jungle. Plusieurs écrivains l'avaient fait mais lui il aurait un avantage: cette épopée serait...authentique, réelle, illustrée. Le livre ferait donc fureur. Il serait adapté au cinéma. Lui, il deviendrait une célébrité et les gens viendraient en masses, en pélerinage chez lui et frapperaient tout le temps à sa porte...
   Des toc-toc insistants le réveillèrent. Sa télévision en mode silencieux inondait la chambre de flots de lumières intermittentes et multicolores qui se brisaient sur les murs telles les lumièrs d'un gyrophare d'une ambulance. Sa bouteille vide de whisky gisait à ses pieds comme un cadavre inerte. Son cahier,vierge de mots mais rempli de traces de larmes et de whisky était la preuve accablante de l'amertume de la réalité. Une preuve qui le fit sursauter. Le passage du rêve à la réalité était sans transition et sans appel. L'atterrissage fut donc...en catastrophe.
   Les toc-toc se voulaient encore plus insistants. Lui, il a mis sa tête dans ses mains et a murmuré:" Encore cette  foutue femme de ménage qui débarque à des moments inopportuns...". Il a ajouté, déçu, en soupirant:" Si elle était une muse!..."

Par Littérairement correct - Publié dans : Nouvelles - Communauté : points de suspension
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mercredi 11 novembre 2009

   Il était content, joyeux, ne cherchant aucunement à dissimuler son allégresse. Il avait l'air d'un enfant célébrant l'arrivée d'un...nouveau jouet. Justement, lui, il se frottait les mains d'exultation: ce jour- là,  à 10h, il ferait un cours... pas ordinaire. Il utiliserait un ordinateur et un appareil de data show. Ses élèves en seraient ébahis, ils n'en reviendraient pas. Il avait passé des semaines à s'entraîner là-dessus, il avait même invité des inspecteurs, le proviseur, le censeur et des professeurs...avant-gardistes, partisans de "l'audiovisuel en classe", farouches opposants des méthodes classiques notamment "la craie et le tableau noir". Ils disaient, l'air goguenard, que cette dernière méthode ferait mieux d'être un titre d' une fable de la fontaine, à l'instar du"corbeau et le renard"...
   Justement, tous ces professeurs regardaient  les objets de cette nouvelle méthode" ordinateur et data show" avec religion...comme si'ils étaient en présence du Messie. En face d'eux, un ordinateur dernier cri et un data show révolutionnaire prenaient place sur le podium, le bureau du professeur avant-gardiste. On aurait dit une arme sophistiquée. L'ambiance était enivrante. Il ne manquait que les photographes pour immortaliser cet instant.
   Les élèves firent leur entrée. Ils étaient sages et très respectueux, plus qu'à l'ordinaire. Ils jetaient, en entrant, des regards admiratifs mais craintifs à ce mariage d'appareils. Ils avaient le sentiment d'être dans un laboratoire militaire. Ils se sont installés dans un silence clérical. L'obscurité quasi-totale faisait de cette classe un drôle de temple. Ils regardaient avec respect leur professeur, qui tiendrait dans un instant, les rênes de ces deux animaux mythiques, et les ferait envoler, vers le Pays des Merveilles de l'Audio- Visuel...Bref, tous les ingrédients du sacré, du mythique, du merveilleux étaient là, il ne manquait que la présence des dieux grecs et romains...
    Le professeur avait délibérement omis d'inviter son collègue, le professeur d'à-côté, qui était...trop réactionnaire et trop classique. Celui-ci n'avait pas réagi à ce manque de tact de son collègue avant-gardiste. Ainsi les deux professeurs entamaient en même temps leurs cours, à 10 h de matin , dans deux salles voisines. Notre homme était secondé de ses deux machines et de ses supporters: professeurs, inspecteurs, proviseur et censeur. L'autre professeur avait pour seules armes son tableau noir et sa craie...Et la course commença.
     Quand on entendait de la salle voisine le professeur qui s'égosillait, qui écrivait sur le tableau, qui l'effaçait, qui l'ajustait..., eh bien,dans la salle...avant-gardiste, les deux machines faisaient tout le travail. On aurait dit une salle de cinéma. Le professeur, qui passait de temps en temps ses doigts sur ses moustaches en signe de fatuité et de virilité savante, ne faisait que...déplacer le curseur...et le monde féérique se déroulait devant les yeux des élèves comme un tapis rouge se déroulant devant un président d'Etat...
      Il était évident que la classe avant-gardiste était la plus ...baignée dans le savoir, dans la technologie, dans le progrès. Et si les élèves suivaient, comme sous l'hypnose, le cours imagé  de leur professeur progressiste,eh bien le staff pédagogique présent hôchait la tête, en signe d'approbation: Sacré professeur! où a-t-il déniché ce stratagème technologique? Décidément, nous ferons comme lui. Ca nous évitera de nous salir les mains à cause de cette foutue craie et de nous égosiller comme si nous étions des crieurs publics et non des cadres. Sacré professeur!
       Soudain, une coupure d'électricité mit fin à cette ambiance merveilleuse. C'était une sorte d'atterrissage en catastrophe, alors que tous les indicateurs signalaient une navigation exemplaire et alors que le pilote automatique remplissait excellement sa fonction. Ainsi, le professeur moustachu sursauta comme piqué par un scorpion, l'assistance fut pris de court et les élèves chutèrent rapidement et sans qu'ils en soit avertis du grand monde féérique vers le monde réél: un silence total, deux machines neutralisés , une obscurité gênante et...un professeur pétrifié qui avait tout prévu sur sa fiche pédagogique sauf cette maudite coupure d'électricité. Du coup, il regardait son Titanic sombrer sans qu'il  pût faire quoi que ce soit, même pas sauver sa peau...
     On entendit, à la salle voisine, la craie flirtant avec le tableau et la voix doctorale de l'autre professeur résonner en un naturel dolby system. Les élèvent eurent une nostalgie pour cet home- cinéma rudimentaire...qui continuait de fonctionner malgré la défaillance électrique. 

Par Littérairement correct - Publié dans : Nouvelles - Communauté : points de suspension
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Mardi 10 novembre 2009

Les filles dansaient autour du feu.
Les hommes ne comprenaient rien à ce jeu.
Les mères exprimaient leurs voeux
de voir leurs filles épouser des chevaliers preux.

Tout-à-coup, surgit un gueux
pour se mêler aux joies et aux jeux.
Les filles l'ont fuit après avoir éteint le feu.
Le pauvre restait seul, tel un condamné ou un lépreux.

Plus tard, se pointa un seigneur grossier et affreux.
Les filles lui serraient la main à la queue leu leu.
Elles lui souriaient, lui faisaient de doux yeux,
le cajolaient, le câlinaient et...lui réallumaient le feu...

Par Littérairement correct - Publié dans : poèmes - Communauté : Revue poésie et nouvelles
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Mardi 10 novembre 2009

Je m'appelle Marc
et je suis chauffeur de taxi.
Je parcours la ville dans tous les sens,
comme une dame sur un échiquier.

Je survole les avenues et je mate les pistes.
Je traverse les tunnels et je glisse sous les arcs.
Et par les ponts, je conquiers les autres rives de la ville.
Je pénétre dans les ruelles et j'accède même aux impasses.

Je transporte des gens pressés, stressés, éreintés et éméchés,
des enfants, des femmes, des malades et des retraités,
des couples d'amoureux et des amoureux qui se tournent le dos,
des visages suspects, des hommes en mal de vivre,
des femmes adultères et des détectives privés.

D'habitude, je bavarde avec mes clients.
Mais quand je tombe sur un client silencieux
qui s'installe dans un coin sombre du siège arrière
et qui incline le bord de son chapeau sur son visage mystérieux,
je me contente de monologuer avec lui, à travers le rétroviseur intérieur,
en lui jetant des coups d'oeil furtifs et curieux. 

Par Littérairement correct - Publié dans : poèmes - Communauté : Gros plan sur la poésie
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Mardi 10 novembre 2009

Restant seul en tête-à-tête avec le tableau noir,
le cancre panique,
comme s'il était jeté dans une immense mer noire
et qu'il ne savait pas nager.

Il tripote le morceau de craie qu'il tient à la main,
et supplie de ses yeux mouillés les camarades de classe
pour qu'ils lui soufflent des réponses prêt-à-porter.

Puis, le cancre regarde le professeur
qui fait semblant de consulter ses fiches
et qui lui jette des regards furtifs,
par-dessus ses lunettes, comme un commerçant arabe ou juif.

Soudain, le cancre fait sa confession
qui fait exploser en jurons le prêtre de la pédagogie
et qui fait éclater de rire les méchants enfants de choeur.

Mais personne dans cette salle ne doute un instant
que cette tête de Turc a lui aussi des sentiments,
qu'il est orphelin, misérable, romantique et gitan,
qu'il en a assez de ces gens qui lui font le flic
comme s'il était une bête dangereuse ou un ennemi public.

Par Littérairement correct - Publié dans : poèmes - Communauté : Poetes Maudits
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus